La Compagnie

Depuis mes débuts, mon travail se nourrit des mêmes obsessions: faire un théâtre de l’évocation, de la suggestion, où la poésie des images se mêle au texte, aller à la rencontre de l’intime, explorer les différentes émotions, chercher comment entrer en rapport direct avec l’autre (comédien ou spectateur!) et mettre en danger l’espace sacré de la scène.

J’aime travailler sur un éclatement de la narration, qui nous pousse à percevoir des sensations plutôt qu’une histoire.

Je pense le théâtre (en répétition et en représentation!) comme un lieu d’échange et d’apprentissage. Comme un acte d’amour.

Je ne me repose jamais sur mes acquis, mais cherche à trouver d’autres chemins, d’autres moyens d’expression. La scène est un questionnement perpétuel. C’est un endroit en équilibre précaire où il faut rester vigilant et vivant.

J’essaie de mettre en relation le vertical (ce que nous héritons de nos ancêtres, l’Histoire) avec l’horizontal (notre histoire propre, les relations que nous créons, ce que nous semons autour de nous sur terre).

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Pour reprendre les mots de Robert Bresson, je cherche l’interstice d’où se dégage la poésie

Ce qui me plaît dans la confrontation et la relation qu’amène le théâtre: le trou, la bosse, l’imperfection, le doute.

Toutes recherches confondues, pénétrons l’espace du doute. Nos pas résonnent. Selon Wittgenstein, «on ne devrait pas dire une chaise, mais une peut-être  chaise». Je pense souvent à ce «peut-être». On est devant un mur. Chercher le moment où cesse la foi en la réalité. Alors tout se met à trembler. (Claude Régy, L’état d’incertitude)

Aussi le théâtre est pour moi un laboratoire en constante évolution, un lieu où les arts peuvent se mêler et s’enrichir, mais aussi un endroit pour aborder des sujets d’actualité, voire tabous, sans les diaboliser et ainsi générer la discussion, le débat…

Le texte cherche sans cesse un degré risqué de partage qui prive le spectateur de son rôle de consommateur regardant tranquillement et le ramène dans le contexte de ses propres questionnements sans réponse. On vit dans une dictature de la relativité par laquelle l’homme perd ses points de repères; mais même dans un tel chaos, l’homme devrait rester un individu. Le courage consiste à ne pas arrêter de se poser des questions. (Galin Stoev)

Chaque projet est l’occasion d’aborder un des sujets qui m’obsède: qu’il s’agisse de notre mémoire (On n’est pas là pour disparaître), du sens de notre présence sur terre (Laurel et Hardy vont au paradis, S. ou la tentative d’être soi), des choix et des possibles de cette existence (Atteintes à sa vie, Et soudain l’enfant s’éloigne), de la question identitaire (S. ou la tentative d’être soi, Au bord du monde et Atteintes à sa vie), des modes de communications (S. ou la tentative d’être soi, Atteintes à sa vie, Et soudain l’enfant s’éloigne) ou encore de notre finitude (20 minutes chrono).

Le théâtre qui essaie de produire de la résolution est inacceptable. Il me donne l’impression d’être encore à l’école… Il est beaucoup plus juste pour le théâtre de laisser passer une inquiétude. C’est préférable parce qu’on demande alors aux gens qui y assistent de continuer l’histoire, de produire la partie qui manque…
(Roméo Castellucci, Entretien avec Bruno Tackels)

Je ne cherche pas à fabriquer des réponses toute faites. Mais plutôt à faire un état des lieux, des choses, comme une sorte d’ouverture à la réflexion.

Je ne vois pas pourquoi les gens attendent d’une oeuvre d’art qu’elle veuille «dire» quelque chose, alors qu’ils acceptent que leur vie à eux ne rime à rien… (David Lynch)

Une parenthèse en suspension dans le temps qui court.

Il me plaît de donner à voir des moments uniques, qui, par leur vérité et leur fragilité, ouvrent l’imaginaire du spectateur, bousculent son quotidien en le rendant plus attentif à lui-même, au monde qui l’entoure, en bref, plus humain…

Muriel Imbach

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